FABRICATION DU FER

La question du Mars a été souvent mentionnée dans la littérature émanant de la Filiation ; évoquant la beauté mais aussi le travail considérable de la réduction du minerai en bas foyer.

Outre le fait que la dernière mine de magnétite de France est maintenant fermée et qu’il devient fort difficile, surtout pour un particulier, de s’en procurer des blocs, la somme de travail à engager, depuis le choix du bois pour l’élaboration du charbon jusqu’au forgeage de la loupe, est telle que la méthode est inaccessible au labourant solitaire, à de rare exception près tel Monsieur Moretti, Corse, qui maîtrise à lui seul l’ensemble du processus.

Nous souhaitons proposer un mode d'extraction du fer qui, bien que ne conduisant pas au grand Mars sonnant, fournit un fer de qualité vraiment excellente.

Le procédé lui-même se révèle extrêmement simple et reste parfaitement réalisable dans n’importe quelle « cuisinette ». Il ne requiert que deux matières : le vitriol et une plante : la grande oseille (Rumex acetosa). Cette plante pousse un peu partout mais se montre surtout abondante en Forêt Noire, pays s’il en est du Vitriol !

La plante est déchiquetée, broyée au mortier porcelaine jusqu’à former une bouillie. On en exprime le suc par pressage dans des sacs de toile. Le résidu est lavé à l’eau de pluie (sans calcaire !) en quantité équivalente au suc exprimé et cette eau de lavage est ajoutée au suc. Ensuite, on y délaie un peu d’argile et après décantation et filtration, on évapore jusqu’à cristallisation. Il est aussi très efficace de clarifier au blanc d’œuf. On obtient ce que l’on nommait autrefois le « sel d’oseille ». Il est bon de le purifier encore une fois par cristallisation, puis le sel sera dissous dans ce qu’il lui convient d’eau de pluie à la température ambiante.

Quant au vitriol, le mieux serait de l’obtenir par lavage de pyrites aurifères comme il en existait dans les mines de Salsigne, hélas fermées. Mais les qualités d’un bon Vitriol ayant été décrites avec force détails dans « Vitriolum » de Solazaref, nous n’y reviendrons pas.

Notre vitriol sera donc purifié par cristallisations successives jusqu’à ce que les cristaux soient nets, et ces derniers seront enfin également dissous dans de l’eau de pluie.

Il faut procéder maintenant au mariage des deux solutions. Si le fer est destiné à des séparations de soufre en voie sèche, il vaut mieux verser la solution vitriolique dans la solution de sel d’oseille ; pour d’autres usages, faites l’inverse. Il est nécessaire d’ajouter une solution à l’autre tant que se produit un précipité jaune, sans excès de l’une ou de l’autre.

On laisse décanter : la vitesse de sédimentation est influencée par les concentrations et la température du mélange. La partie liquide ne nous intéresse pas ici mais celui qui aura la curiosité de distiller jusqu’au rouge sombre le sel qu’elle contient comprendra pourquoi, selon Basile Valentin, le fer est pauvre en principe mercuriel.

Quant au précipité jaune, il est nécessaire de le laver très soigneusement et à plusieurs reprises à l’eau de pluie. Cela peut s’effectuer facilement sur un filtre « Buchner » muni de sa trompe à vide.

Il ne nous reste plus qu’à calciner cette poudre jaune vers 200° C pour obtenir un fer très pur, en poudre extrêmement ténue et non pyrophorique, jeune, à peine cristallisé, bref déjà très « ouvert » et séduisant avec force et tendresse la stibine assassée, la galène ou même le cinabre.

Mais attention, la calcination n’est pas évidente : elle montre une fâcheuse tendance à produire du fer oxydé également d’un très haut intérêt, mais qui ne correspond pas à ce que l’on cherche ici.

La solution de cette petite difficulté technique, nous la laissons à votre sagacité de labourant. Souvenez-vous néanmoins qu’elle est d’ordre physique, et non chimique. Aussi tous les paramètres physiques susceptibles d’influencer la calcination sont-ils à prendre en considération.

Enfin, n’oubliez pas de remercier le règne végétal pour le secours qu’il apporte au minéral et surtout pour la séparation immédiate de l’esprit mercuriel du vitriol. Grâces aux Pères qui l’ont enseigné.

Filiation Solazaref