«Ici, la physique sait aider la chimie, en une action qui est intime et réciproque et qui justifie que, vis-à-vis de l'une et de l'autre, l'alchimie bénéficie de toute précellence.
Celui-là seul, qui n'a pas expérimenté, ne peut connaître, ni même supputer, la vertu toute-puissante, d'une sustentation ignée, égale et douce, par long temps dispensée. En étroit rapport avec cette observation répétée au laboratoire, ajoutons que notre sulfure métallique, pulvérisé avec beaucoup de soin et mis dans un ballon de verre de quelque deux litres, y constitue pourtant une masse qui est trop dense encore, pour que son volume et ses parties ne doivent être artificiellement détendus et aérés. L'artiste sait alors le service que le tamis est idoine à lui rendre, afin qu'il obtienne par lui, le nécessaire gravier, puis qu'il sépare celui-ci, après qu'il aura longuement assuré son office.
Si ce n'est que nous nous soyons rendu coupable d'une notoire divulgation, au moins éprouvons-nous le sentiment, que nous ayons commis une réelle entorse a la discipline traditionnelle, en ce début du processus philosophal. Regretterons-nous notre insubordination? Nous ne le pensons pas, devant le fort courant de curiosité désintéressée qui, au profit de la science d'Hermès, se développe depuis plusieurs années et ne cesse de s'accroître.
L'opération elle-même reste non moins élémentaire, bien que très délicate et réclamant beaucoup de soin et d'attention. C'est avec elle, nous l'avons dit, que l'alchimiste entre déjà dans le Grand uvre, en une sorte d'assation qui demande le degré, assez bas de la chaleur dite du fumier ou de la poule couvant ses ufs, ainsi que l'aide constante du thermomètre.
Instrument inestimable dont nous ne doutons pas que les alchimistes ne l'aient eu à leur disposition et que, jalousement, ils n'en aient a peine effleurée l'arcane
Auparavant, l'artiste avait laborieusement préparé sa matière minérale, en lui donnant, pas les procédé ordinaires, une plus grande richesse qu'elle ne possédait pas, quelle qu'eût été sa qualité au sortir de la mine.»
In L'Alchimie Expliquée, E. Canseliet, pages 148 - 150
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«On aura donc compris la différence entre l'archimie et l'Alchimie. Dans le domaine archimique, c'est-à-dire des arts chimiques, une assation a peu de sens. Puisque l'opérateur ne s'implique lui-même qu'au niveau d'un «maître d'uvre» - mais de quelle illusion s'agit-il alors? La manipulation consiste à rendre le Sujet amorphe sur le plan chimique.
Chacun sait, pour peu qu'il soit curieux des balbutiements modernes en minéralogie par quels moyens on peut communément rendre un sulfure amorphe. Décrivons le processus vulgaire qui, soulignons-le immédiatement et sans détour, n'est d'aucune valeur philosophique.
Deux procédés sont d'usage dans les laboratoires contemporains, l'un sec et l'autre humide. Le sec concerne les contractions des vapeurs de sulphure à l'aide du froid, ainsi que la sublimation dudit dans des conditions volumiques suffisantes. L'humide trouve comme interprète les esprits, et principalement l'acide sulfurique. La chimie s'empare de trisulphure d'antimoine et, à l'aide de H2 S04 concentré à 60%, provoque la libération d'hydrogène sulfureux, réducteur essentiel du sulphur.
L'archimie, plus évoluée, emploiera le vinaigre des montagnes du père Basile Valentin qui est bien plus près de la réalité alchimique, et travaillera le sujet en vase clos, comme le feraient les laborantins. En ces cas humides, la réaction s'apparenterait à:
2 Sb2S3 + 6 HCl ------> 3 3H2S2 + 2 Sb2Cl3
en partie en usant d'acide chlorhydrique. Les séparations au fer sont alors d'autant plus facilitées que le sulfure est transformé en protochlorure mais, rien n'est ici de l'Art.
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La question essentielle est la suivante : pourquoi rencontrer l'Alchimie induit-il immanquablement la volonté intérieure et manipulative de l'assation et pourquoi, au fourneau, l'opération se traduit par la réduction du Sujet, c'est-à-dire par la capacité à le rendre amorphe, revêtu de son pourpre manteau?
Examinons, si vous le voulez bien, quelle est la situation du postulant devant l'uvre. Le bilan est simple : il vous suffit d'écouter votre cur avec attention et silence mental, au seuil du Grand uvre, pour observer combien vous êtes dépouillé, exilé. Dans cette situation, on sait aussi que toute volonté de paraître devant la Science est balayée tel un fétu de paille, comme si, au fond de son infinie miséricorde, la Dame nous demandait d'abord le détachement, c'est-à-dire l'état amorphe.
A l'image du règne métallique, dans lequel le sujet brut est déjà singulier, nous devons accompagner sa première dégradation en toute matière première de la nôtre : la dépersonnalisation de l'ego. Quand bien même voudrions-nous le contraire, je vous dis que l'assation ne peut être menée que par ce dépouillement qui, pour être philosophique, exige une profonde adhésion intérieure. C'est répéter combien les affres du moi, dès le départ, sont mises à rude épreuve, et les égoïsmes les plus subtils rendus amorphes, inopérants. Condition sine qua non de l'entrée, cette dernière ne s'accommode pas de compromis. En termes clairs, il n'est même pas utile de s'exercer à la parlotte pour savoir ce qu'est l'ego et ce qu'est l'appel. Je fais entière confiance à l'un et à l'autre en vous pour vous renseigner sur leur identité.
Cela notifie, implicitement, que l'assation est du royaume des appelés. Celui qui se soustrait par pur dédain à ce commandement sera, au mieux, archimiste. Notre propos ne se situe pas en cet art relatif.
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Adoptons donc la clause sacrée de votre appartenance inconditionnelle à la filiation et, par ce postulat de souveraine importance, présumons de votre place au seuil de l'assation, ce dont vous portez la responsabilité effective.
Le jour de Carnaval, rendre le Sujet dans l'état de sa toute matière première, propice à l'union de mars et du sel double, c'est lui proposer ce que Nature lui intime au sein de sa prolixité, de sa génération. Le plan sur lequel notre sulfure se reproduit, par sa menstrue dissolvante, s'atteint en lui offrant les conditions requises qui l'affranchissent de son aspect métallique. «Rétrocéder le rouge sombre», ou lilas, ou encore le brun éclatant, est disposer d'arrangement cristallin de la matière d'une autre manière. Elle reste toujours le Sujet, mais son identité cristalline, par l'orientation neuve de sa disposition interne de son soufre, le porte au niveau d'un demi-métal primitif. Elle devient terreau hydraté dont l'état initial se caractérise par sa solution sèche. En effet, le soufre, autrement apprêté, affranchit le métal en sortant comme une mauvaise fièvre éruptive et, ensuite, mars le guerrier, lui aussi préparé mais avec poigne, s'unit à celui ci avec une propension parfaite. Vulcain opère alors la séparation en restituant le Soufre fixe igné et au destin germinatif dans le caput mortuum pour, plus tard, si Dieu le veut, vous gratifier de la Remore.
Il va sans dire que les purifications mercurielles sont, le moment venu, heureuses et bénéfiques; le sel verre, totalement affranchi de soufre grossier, devient l'étagement vital des forces d'en haut, au lieu, comme cela est le cas sans assation, de bloquer facultativement l'Esprit Universel L'aléatoire, qui émaille souvent les apparitions stochastiques de l'étoile de mages, est considérablement réduit. Ceux qui ont souffert aux purifications savent maintenant que cette toute première phase initiatique est l'épine dorsale de l'Epiphanie philosophique. En cela, la question du sel double est également canonique, mais nous aurons peut-être le loisir d'y revenir en d'autres lieux.
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Les résultats hésitants en titre qualificatif le sont, souvent, à cause de la hâte qui pousse à la déraison, hâte qui se confond presque toujours avec l'ardeur des premières années d'exercice. Le postulant, plus téméraire que sage, plus exalté qu'obéissant, projette lui-même et lui seul, dans ses gestes, les dérèglements issus de la volonté propre qui rendront stériles ses tentatives. Loin, la clairvoyance du libre arbitre de l'appel initial.
Dès le départ, l'assation sèche, brève ou humide, porte un coup terrible et quasi-définitif à ce travers, qui se rencontre chez tous. C'est pourquoi les envieux s'en passent vaniteusement. Chez eux, la fièvre brûle plus au laboratoire que le feu extérieur pour, quelquefois, laisser les alentours de l'athanor encombrés d'un capharnaüm épouvantable. On se souvient qu'il est nécessaire de pratiquer une assation, parce qu'on l'a entendu et, fébrilement, voici que l'agitation névropathe gagne, quelques soirées par semaine, «l'alchimiste».
D'autres, qui se placent volontiers sous obédience et qui ont déjà vécu ce qui est précédemment dépeint, appellent à la charité du maître pour leur montrer comment mettre en uvre cet exercice philosophique préliminaire. D'un côté comme de celui-ci, le contact intime avec la matière demeure absent. Conséquemment, le seul enseignement authentique consiste à former le disciple dans l'unique direction de la communion avec le Sujet.
L'assation, outre quelques détails techniques, est la rencontre vitale. A partir de cette union, l'artiste ne peut plus blesser ni violenter la minière purgée de sa gangue, parce que le moindre coup porté à cette dernière est ressenti par lui comme une déchirure portée à lui-même. Et, si Dieu, par son infinie miséricorde, l'a voulu ainsi dans le cheminement du Grand uvre, c'est sans aucun doute pour nous épargner la redoutable tombe des illusions ou bien, selon l'essence du désir, nous orienter vers les jeux de la petite science, vers l'insensé.
Les seuls conseils que je puis vous prodiguer, par mes Pères, sont ceux qui ressemblent plus à vous révéler des conditions, qu'à vous perdre dans des bigarrures techniques. En effet, tout comme notre sulfure, si vous montrez de bonnes dispositions pour être en face de l'appel à l'assation cette dernière sera permise. Dans le cas contraire, si vous vous obstinez à vouloir «réussir cette opération», vous enfermerez votre être dans un ensemble de particularismes fixes qui s'opposeront au saint exercice.
Or, nul doute que la meilleure des conditions qu'il est sage de vous enseigner est celle, premièrement, de descendre aux mines.
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Dans les galeries si merveilleuses où vit la mère des métaux, que s'y déroule-t-il? Qu'opère Nature au sein de la terre?
Les eaux ruissellent, la veine est souvent chaude, l'atmosphère est aigre à l'odorat; on palpe, par toutes les fibres de son être; la vie minérale se propage au rythme lent de la fabuleuse pendule de ce règne
En cet endroit, recueillez-vous. Fermez les yeux et ouvrez votre esprit. Il n'y a plus de galerie, plus de boiserie, plus de lumière, plus de vous-même. Vous voici réduit, par amour, par dissolution des fixités d'ego, à un minuscule animal d'une dimension infime, telle une fourmi; comme par enchantement, vous apercevez, vous entendez vous êtes ami de la vie minérale.
N'avez-vous jamais songé initiatiquement de la sorte? C'est le premier signe que dispense la Providence, celui qui vous renseigne que l'heure de l'assation approche pour vous.
Rien ne vous sépare alors des métaux, de ce monde étrange et fascinant, oublié des hommes; révérencieusement, vos primes pas sont empreintes d'admiration, d'étonnement, d'abandon. Vous voyez comme voit la mine; vous écoutez son souffle, vous éprouvez sa chaleur douce, vous surprenez l'esprit espiègle qui court, furtif. Vous recevez. L'Alchimie est votre nature. Elle n'est pas lointaine, abstraite, d'un autre monde, à rechercher. Elle est en vous, tout autour, palpitante belle, splendide, lumineuse. Le rythme de sa vie est doux, régulier, puissant, savant, équilibré, chaste
Loin, l'identification, l'imagination, la fable. C'est pourquoi il est si délicat de relater ces propos, car celui qui n'est pas interpellé se comporte en imitateur, en plagiaire, en singe stérile, justement en ces lieux d'où sort le genre de question «comment fait-on une assation?». Au contraire, lorsque vous êtes convié par la Dame à l'éveil du terreau sacré, vous êtes la solution même, car cette écoute vous dissoud, vous réduit.
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Les maigrelets filons d'eaux souterraines, dans le noir, sous une légère pression, s'infiltrent dans les mailles du Sujet, duquel ils expriment le vinaigre des montagnes. Ce dernier naît de lui-même, hydrogène, furtif et très volatil, par circulation. Il transforme peu à peu le sulfure, non dans sa formulation chimique, mais dans son âme profonde: le cristal.
Fermés seront évidemment vos ballons, pour un temps, celui de la décomposition de l'eau issue de l'hydratation des laveures de la poudre, elle-même finement concassée, léguée par la minière purgée. L'eau devient vive, empruntant au Sujet une minime part de son soufre grossier pour en générer l'esprit, lui-même conviant la sulfureuse vapeur, que le moderne nommerait «hydrogène sulfureux», à réduire l'air initial, à étendre la toute matière première dans les conditions favorables à sa transformation.
Cette digestion dépend dans sa durée de la grosseur de vos grains et de la qualité de votre hâte; bien des réactions peuvent être bloquées par une présence arsenicale, siliceuse, plombeuse ou autre. Après le préalable traitement à la rosée c'est au broyage que vous disposez l'horloge cosmique responsable de la période durant laquelle vous surveillez attentivement. N'attendez pas que nous approfondissions ce chapitre, où le tamis détermine presque tout. Ce serait illusoire, ce serait vous écarter de l'intervention directe. Tout justement puis je seulement vous conseiller; je ne vous saisirai pas les poignées pour effectuer l'opération à votre place.
Vous examinerez avec ferveur et attendrez patiemment l'apparition de cette saveur hydrogénée laquelle se sent, pour peu que vous ayez déjà humé ce gaz. La calcination du fer dans un tube, sur lequel passe une ondée d'eau vaporeuse, renseigne très exactement. Il faut que l'odeur soit prononcée. Vous la maintiendrez quelques jours, durant lesquels je vous engage à la psalmodie et aux tâches humiliantes.
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La digestion effectuée, voici qu'il convient de chasser l'eau céleste que refuse le Sujet, mais sans favoriser les vents qui détruiraient votre effort. C'est alors que vous remplacerez vos bouchons rodés à l'émeri par du coton hydrophile, et à la même température, qui dépend aussi dans son grade des qualités précédemment énoncées - entre 45º et 65ºC -, vous laisserez ces spongieuses obstructions effectuer leur office, jusqu'à ce que vous n'observiez plus, à la petite lampe manuelle, l'humidité sur les parois de vos vaisseaux, mais des cristaux. Cependant, ayez l'il car il sied de ne pas déshydrater complètement votre poudre, qui doit garder sa forme pulvérulente, terreuse. Surtout que la chaleur ne baisse aucunement; au contraire, augmenter très légèrement vulcain - ce qui est facilité par quelques canaux pouvant se boucher à la demande - cest le geste qui sauve. Mais prudence, pas plus de dix degrés. Que la patience soit votre vertu.
Voici maintenant le sulfure dans son équilibre très parfait. Obturez à l'aide du lut à l'émeri, et vous serez édifié. Plusieurs indices permettent de reconnaître, outre la couleur, la validité d'une assation philosophique. L'odeur de terreau, marquée; mais, surtout, à l'heure des séparations, la lune battant son plein, notre terre devient vivante: en présence de son mâle et de la proportion saline requise, la voici qui s'échauffe à ne plus pouvoir la toucher avec les doigts...Lorsque plongée dans +, à l'aide de vulcain, le combat entre les natures est un ballet qui montre ce qu'est la Science, déjà.»
L'Assation Philosophique en voie sèche, Solazaref, pages 6 -11.